L’Église catholique contre l’extension de la PMA : « Une vision rétrograde »

Alors que mardi 25 septembre, le Comité consultatif national d’éthique donnera son avis sur les conclusions des états généraux de la bioéthique, la Conférence des évêques de France a publié, jeudi 20 septembre, un texte contre une extension de la PMA à toutes les femmes, célibataires et en couple. Marianne Berthet-Goichot, catholique pratiquante, a eu recours à la PMA avec sa compagne. La porte-parole de l’association LGBT chrétienne David & Jonathan dénonce, vendredi sur franceinfo, la position de la Conférence des évêques de France sur la famille.

franceinfo : Que vous inspire la position de la Conférence des évêques de France ?

Marianne Berthet-Goichot : Nous contestons la vision restrictive de la famille que veut défendre la Conférence des évêques de France. C’est une vision rétrograde, du tout naturel, qui nous ramène plus de 40 ans en arrière. Nous nous interrogeons sur les raisons de cette attaque en règle aujourd’hui, de toutes les techniques d’aide à la procréation qui pourtant existent en France depuis plus de 30 ans.

Pour la CEF, il ne peut y avoir d’égalité entre un couple hétérosexuel et homosexuel. Qu’en pensez-vous ?

C’est totalement faux. En disant ça, les évêques considèrent que la PMA aujourd’hui est uniquement destinée à régler un problème médical. Or, lorsque un homme qui est en couple avec une femme ne peut avoir d’enfant à cause d’un problème de stérilité et qu’ils font appellent à une PMA, la PMA ne va pas résoudre le problème de stérilité de cet homme. La PMA répond à un désir sociétal de construire une famille malgré cette infertilité.

La CEF évoque aussi l’importance de la référence paternelle. Existe-t-elle dans une couple de femmes ?

La Conférence des évêques de France fait une confusion entre le géniteur et le père. Nous, on conteste cette vision. Pour nous, il ne suffit pas de donner un gamète ou donner vie à un enfant pour devenir un père. La référence masculine d’un enfant est beaucoup plus large que la simple figure du père. Dans le cas du couple de femmes, l’enfant a des référents masculins, a des personnes auxquelles il peut s’identifier et grâce auxquelles il peut se construire. La CEF se base sur une vision très restrictive de la famille, dans une cellule familiale restreinte qui est complètement éloignée de la réalité aujourd’hui.

Peut-on débattre sereinement de ce sujet aujourd’hui dans l’Église catholique ?

On regrette que la parole de l’Église soit complètement verrouillée. On a une déclaration qui apparemment serait signée par tous les évêques. Or, l’Église est incapable d’organiser un vrai débat en son sein sur ce sujet. On sait très bien que tous les évêques n’ont pas la même perception, la même compréhension des enjeux et la même sensibilité aux témoignages que nous pouvons apporter de la réalité de nos familles. L’Église se dit dans une position d’écoute, mais elle est incapable d’organiser un réel débat. Ils font référence au tout naturel et ils critiquent le fait d’avoir un projet parental.

Marianne Berthet-Goichot, porte-parole de l’association LGBT chrétienne David & Jonathan, a estimé, vendredi sur franceinfo, que l’Église catholique était « incapable d’organiser un vrai débat en son sein » sur la Procréation médicalement assistée.