Lettre ouverte : Un regard LGBT sur les abus sexuels dans l’Eglise catholique

Paris, le 21 mars 2019

 

Un très grand nombre d’affaires de pédophilie, d’abus sexuels envers des religieuses ou d’autres personnes éclatent dans l’Église catholique dans le monde entier (États-Unis, France, Allemagne, Pays-Bas, Irlande, Chili, etc.). Ces affaires apparaissent aujourd’hui publiquement, par la condamnation du cardinal Barbarin pour non-dénonciation d’agressions sexuelles sur mineurs, par les dépôts de plainte pour agression sexuelle contre le nonce apostolique en France Luigi Ventura, par des investigations médiatiques sur les abus envers les religieuses, ou par un film tel que « Grâce à Dieu » de François Ozon, qui témoigne du combat de l’association « La parole libérée ».

En regard, le sommet mondial pour la protection des mineurs organisé par le Vatican a suscité bien des déceptions, et le refus du pape François d’accepter la démission du cardinal Barbarin envoie un message très négatif.

Notre mouvement David & Jonathan affirme ici son soutien aux victimes, dont nous saluons les courageux témoignages. Trop souvent dans l’Église catholique, le silence est imposé sur les questions de sexualité. Cette loi du silence est d’autant plus dangereuse qu’elle est entre les mains de prêtres qui détiennent tout pouvoir au sein de l’institution ecclésiale, ce qui ne peut qu’encourager abus et violences.

Les actes délictueux ou criminels commis par certains prêtres mettent en cause tout un système qui s’est montré dans l’incapacité, durant plusieurs dizaines d’années, d’entendre la souffrance des victimes. Une culture du secret et du déni a été volontairement entretenue, dans un souci profondément déplacé de protection de l’institution ecclésiastique. L’entre-soi, l’isolement, l’absence de diversité dans l’exercice du pouvoir et de regard critique extérieur n’ont fait que renforcer cette attitude, que l’on appelle le cléricalisme.

Pourtant, chacun.e de nous connaît des ecclésiastiques dévoués au bien commun, qui œuvrent chaque jour à des actes qui grandissent l’humanité (accueil des plus pauvres et des plus fragiles, des migrant.e.s, etc.).

Les abus au sein de l’Église catholique nous interpellent d’autant plus que les discours ambigus ou directement LGBTphobes qu’elle énonce conduisent trop souvent à un terrible et inexcusable amalgame entre homosexualité et pédophilie, ou avec d’autres crimes et délits sexuels.
Les abus sexuels détruisent les victimes, bien souvent durant une grande partie de la vie, et sont condamnés à ce titre par la loi. Ils sont le fait de rapports de pouvoir et de domination, qui concernent autant les hommes que les femmes, indépendamment de leur orientation sexuelle. Ils doivent être dénoncés et combattus partout.

Ils ne peuvent être confondus avec une orientation sexuelle vécue de manière épanouie et consentante, comme elle peut et devrait l’être, bien que le catéchisme de l’Église catholique continue de soutenir le contraire, au risque d’enfermer encore et toujours ses prêtres et ses fidèles dans une culpabilité et un mal-être délétères.

Notre expérience est que, loin des dogmes ou de prétendus arguments anthropologiques, qui imposent un modèle unique, hétérosexuel, genré et procréatif au mépris de la diversité des personnes, seuls l’écoute attentive des parcours de vies et le respect de leur diversité amènent à un réel accueil de l’autre.  C’est pour cela que nous appelons aussi l’Église à se réformer, à sortir du cléricalisme, à ouvrir les responsabilités aux femmes, à mener une vraie réflexion sur la continence sexuelle imposée aux personnes consacrées, à partager la mission que portent ses prêtres avec les laïcs, afin de retrouver un équilibre nécessaire qui permette à ses responsables et à tous les fidèles de continuer de progresser en humanité.

Nous appelons toute personne de bonne volonté, quelles que soient ses croyances, à combattre les comportements et discours dogmatiques sur la sexualité et le genre tenus par de trop nombreux responsables de différentes religions partout dans le monde. Du fait même de l’autorité spirituelle exercée, ces derniers peuvent détruire les personnes et conduire à des dérives très graves. A l’opposé, nous appelons à écouter les parcours de vie dans leur diversité, les souffrances et les richesses humaines, et à combattre les rejets de l’autre partout dans la société. Nous appelons les croyant.e.s de toutes religions, et en particulier les femmes et les personnes LGBT, à prendre pleinement leur place dans leur communauté, à contribuer activement à la libération de la parole, à lutter contre toute forme de domination et de violence, et à bâtir un accueil inclusif de toutes et tous dans chaque communauté.

Le Bureau National de David & Jonathan