Archives de catégorie : Société

Grâce à Dieu, c’est prescrit, Marie-Christine Tabet, Robert Laffont, 180 p., 17 euros

Lorsqu’il a déclaré en mars 2016, à propos des actes de pédophilie révélés au sein de l’Église, « Grâce à Dieu, c’est prescrit », le cardinal Barbarin a jeté le trouble et suscité une vive controverse qui n’est jamais retombée. Le primat des Gaules est au sommet de son influence et de son rayonnement, considéré comme un possible papabile, quand il doit faire face à ce scandale sexuel dans lequel se trouvent impliqués des prêtres de son diocèse, dont certains ont été trop longtemps protégés par leur institution.
Après avoir donné l’impression de vouloir classer un peu vite ces différents dossiers, monseigneur Barbarin devient la cible de toutes les critiques. Il est attaqué d’autant plus fortement qu’il a pris la tête en 2013, de manière ouverte et virulente, des manifestations contre le mariage pour tous au nom de la morale chrétienne.
Marie-Christine Tabet dévoile les liens établis par le cardinal lyonnais entre les milieux conservateurs, la fraction identitaire des traditionalistes et la communauté catholique, mais aussi les protections et relais parfois politiques dont il a bénéficié depuis le début de son ascension. En enquêtant sur son itinéraire et ses engagements, elle révèle le véritable visage d’un prince de l’Église pris au piège de ses propres contradictions.

La Slovénie va célébrer son premier mariage gay

 

Dix mois après l’adoption d’une loi autorisant l’union de deux personnes de même sexe, la Slovénie va procéder samedi au premier mariage homosexuel de son histoire. La célébration de l’union de deux femmes aura lieu à Maribor, deuxième ville du pays, a annoncé Ksenija Klampfer, responsable du service des mariages.

Pour autant, cette union ne leur ouvrira pas droit à l’adoption d’enfants. La Slovénie a en effet approuvé le mariage pour tous après le rejet, en décembre 2015, d’un projet de loi ouvrant le droit à l’adoption d’enfants par des couples gays.

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La Finlande dit définitivement « oui » à l’ouverture du mariage aux couples de même sexe

Par 120 voix contre 48, le Parlement finlandais a rejeté hier, vendredi 17 février, l’ultime recours des opposants à l’ouverture du mariage pour les couples homosexuels, la loi va entrer en vigueur comme prévu : les couples homosexuels finlandais pourront se marier dès le 1er mars prochain.

Emmenés par le parti des « Vrais Finlandais », formation conservatrice entrée au gouvernement en 2015, les opposants à l’ouverture au mariage pour les couples de même sexe étaient parvenus à faire mettre à l’ordre du jour une initiative populaire afin d’abolir la loi déjà adoptée en 2014 par 101 voix contre 90. Le Parlement finlandais a rejeté le texte et confirmé son premier vote à une plus large majorité encore de 120 voix contre 48. La loi entrera donc en vigueur à la date initialement prévue, le 1er mars.

La Finlande, qui permet les unions civiles entre partenaires de même sexe depuis 2002, était le dernier pays nordique à ne pas autoriser le mariage homosexuel.

Source : Europe1.fr

DJ infos : La théorie du genre n’existe pas ! (par Etienne)

David et Jonathan a réagi début octobre aux propos du pape François sur « le mal fait par l’endoctrinement de la théorie du genre », en dénonçant fermement cet obscurantisme qui brouille le débat et favorise le rejet de l’autre. Le communiqué rappelle le droit pour les enfants et les adolescents de recevoir dans leurs établissements scolaires un enseignement qui aborde aussi les questions de sexualité, d’orientation sexuelle et d’égalité entre filles et garçons.

Essayons d’aller un peu plus loin et de comprendre comment se forment les amalgames, pour mieux les dénoncer.

Il n’existe pas de « théorie du genre » ni de programme insidieux visant à manipuler les enfants. C’est la menace fomentée par certains milieux traditionnalistes et catholiques, qui organisent de véritables campagnes de désinformation, à grand renfort de tracts et autres moyens de communication. On y apprend notamment que certains livres « orientés » entreraient au programme scolaire ou que des sextoys seraient utilisés en classe. Pour fausses qu’elles soient, ces rumeurs courent et, comme chacun sait, vite. Inspirés par des groupes archi-conservateurs aux Etats Unis, ils jouent sur la peur d’égarer les enfants (et donc les adultes de demain) et de « générer un brouillage identitaire » en accusant les « militants du genre » de « nier la réalité biologique et de vouloir mettre fin aux différences hommes / femmes ».

Ce qui existe, ce sont les gender studies, nées aux Etats-Unis au milieu des années 1950. Ces études, qui portent au départ sur les intersexuels (autrefois appelés hermaphrodites) et les transsexuels montrent que nous ne naissons pas masculin ou féminin, nous le devenons. On distingue du sexe le genre, c’est-à-dire le rôle social prescrit pour chaque sexe par une société donnée et auquel chacun-e se conforme plus ou moins (cf les travaux de Margaret Mead par exemple sur les « rôles sexuels » dans les sociétés polynésiennes). Le concept de genre n’est rien d’autre qu’un constat. Il est né au carrefour de différentes disciplines : médecine, psychanalyse, anthropologie… Il a ensuite été adopté par le mouvement féministe dans les années 1970 qui dénonce les « stéréotypes de genre », par exemple : pourquoi est-ce qu’une femme mécanicienne ou un homme sage-femme paraissent insolites ?

La députée Maud Olivier, qui a remis le 11 octobre dernier à l’assemblée nationale un rapport d’information sur les études de genre, alerte quant aux manipulations idéologiques graves dont le concept de genre fait l’objet par ces mouvements traditionnalistes. Dans l’éducation, les études de genre favorisent la réflexion sur les questions d’égalité hommes-femmes, menée par nombre d’acteurs, dont les syndicats et les associations reconnues par le ministère de la Jeunesse. C’est ainsi qu’ont été expérimentées dans les écoles maternelles et primaires des séquences pédagogiques sur ces questions, les « ABCD de l’égalité ».

Comment comprendre, de la part de ces factions ultraconservatrices, le recours à des processus aussi grossiers que l’accusation, l’interprétation et le mensonge, voire le délire ? (les études de genre n’ont jamais eu pour objectif de nier la réalité biologique) La psychanalyse suggère quelques éléments d’intelligibilité. Si l’on se place au point de vue psychique, la réponse est de toute évidence : la peur. A moins d’être paniqué au point d’en perdre la tête, on ne recourt pas à de telles extrémités.

Qui peut redouter autant les observations des études de genre ? Qui répugne cette réalité au point de la nier, sinon quelqu’un qui ne peut tolérer que chacun-e aime et donc s’identifie tout au long de sa vie à des figures masculines aussi bien que féminines, quelque soit son sexe ? A son époque, Freud avait déjà ouvert la voie en développant la notion de bisexualité psychique, constitutive de tout individu. Mâle ou femelle, le sujet construit son identité par identifications successives masculines et féminines, le plus souvent inconscientes. Ne pouvoir l’admettre est le fait d’individus chez qui, psychiquement, la différence des sexes n’existe pas : soit on possède le pénis, soit on en est dépourvu et l’on est non pas une femme mais un être châtré. Un peu comme lorsque nous étions tou-te-s petit-e-s et que, pour tenter de trouver une réponse à la différence anatomique des sexes, nous croyions en l’existence – angoissante − d’un sexe unique, que l’on peut perdre et qui probablement va « pousser » chez la femme, avant de concevoir qu’elle en possède un également : différent et interne. C’est l’épreuve ou le complexe de castration. Pour devenir adulte psychiquement, l’enfant doit faire le deuil de sa toute-puissance imaginaire, intégrer l’interdit de l’inceste et renoncer à ses fantasmes d’auto-engendrement : se reconnaître manquant-e, manquant-e de l’autre sexe qui ne sera jamais le sien et qui pourtant lui est nécessaire pour transmettre la vie.

Autrement dit, dévoyer le concept de genre et le présenter comme dangereux me semble procéder d’un mécanisme projectif (attribuer inconsciemment à l’autre quelque chose qui en réalité m’appartient) : en accusant les « militants du genre » de nier la réalité biologique, ces mouvements réactionnaires projettent sur autrui leur propre incapacité à élaborer psychiquement l’altérité des sexes. Déni et projection : mécanismes radicaux pourrait-on dire, qui témoignent de positions psychiques extrêmement régressées ou, dans un langage plus courant, infantiles. Il faut ajouter à cela que lesdits phénomènes psychiques sont d’autant plus puissants et redoutables qu’ils sont collectifs. Les travaux de Freud sur les mouvements identificatoires et libidinaux à l’œuvre dans une foule l’ont largement démontré.

Corrompre ainsi le concept de genre résulte d’un mépris pour les travaux menés par des intellectuels et universitaires et opère ce qu’il convient d’appeler un dénigrement de la pensée. Le fait-même d’user du terme de « théorie » pour désigner ce qui serait une idéologie indique un glissement sémantique (la théorie de la relativité, par exemple, n’est pas à discuter). Ces procédés d’atteinte du langage sont typiques des systèmes totalitaires. Au service de la propagande et de la manipulation, la transformation de la langue commune a pour objectif d’empêcher les gens de penser, voire de les contraindre à penser conformément à la doctrine totalitaire en vigueur. Ces groupes traditionnalistes utilisent des méthodes dont il convient de ne pas sous-estimer l’efficacité, ni la dangerosité.

C’est aussi un constat de l’histoire que la radicalisation des opinions et le repli identitaire sur des valeurs traditionnelles sont toujours amplifiés par les contextes de crise. Les difficultés économiques et sociales de notre époque ne sont sans doute pas étrangères à ces crispations et à ces confusions.

Peut-être encore que la traduction de gender par le terme genre en français, qui est équivoque, accroît les difficultés. Outre son sens grammatical, le genre a une multitude de sens dans notre langue. Un autre terme (mais lequel ?) permettrait-il de réduire les méprises ?

Etienne Garand-Castillo

Appel à article pour la lettre de mars 2017

DJ info

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